Changer de métier représente une ambition de plus en plus partagée par les actifs de France. Si la loi accompagne ces derniers dans leur projet de transition professionnelle, la réussite de ces changements passe nécessairement par une mobilisation de toutes les ressources des candidats. Pourquoi vouloir changer de cap professionnel ? Comment optimiser ses chances de réussite ?
S’engager dans une reconversion professionnelle, une aspiration pour de nombreux actifs
En transformant profondément le système de la formation continue en France, la loi adoptée en 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a renforcé les dispositifs d’accompagnement pour celles et ceux souhaitant s’engager dans un processus de reconversion professionnelle. La loi a ainsi multiplié « les incitations des pouvoirs publics à devenir acteur de sa carrière » à travers les bilans de compétences, le dispositif de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) et plus encore avec l’encadrement du projet de transition professionnelle, souvent désigné sous le terme de CPF de transition.
Changer de cap professionnel peut et doit ainsi répondre à de multiples situations, que les autorités publiques estiment de plus en plus présentes chez les actifs :
- Réorienter sa carrière en changeant de métier pour suivre ses aspirations profondes,
- Changer de métier pour s’adapter à une situation nouvelle (déménagement, accident de vie, …)
- Envisager une transition professionnelle pour répondre aux transformations du monde du travail : si de nombreux métiers apparaissent, d’autres sont appelés à disparaître faisant de cette transition professionnelle un changement subi et nécessaire.
Ces possibilités de réorienter sa carrière professionnelle répondent à des enjeux d’intérêt général (pourvoir surmonter la pénurie de compétences, que certains secteurs d’activités connaissent depuis plusieurs années) mais visent également à satisfaire les aspirations individuelles, faisant de la motivation et du bien-être des actifs des critères d’importance dans la gestion des carrières. Le phénomène est loin d’être marginal. Ainsi, le centre pour le développement de l’information sur la formation permanente publiait, en 2022, une vaste étude sur le sujet. Cette publication soulignait que plus d’un actif sur 5 (21 %) étaient « en train de préparer une reconversion »alors que plus d’un sur 4 (26 %) l’envisageaient sérieusement. Près d’un actif sur deux était donc concerné par ces projets de transition professionnelle.
La réalité des transitions professionnelles en 2025 : une réalité contrastée ?
Aussi fallait-il s’interroger sur la réalité de ces parcours, qui sont aussi nombreux que variés pour comprendre l’efficacité de ces parcours de transition. C’est l’œuvre accomplie sous la direction de trois universitaires Emmanuel de Lescure, Nicolas Divert et Fabienne Maillard et publiée aujourd’hui : La Formation continue au service des reconversions ? (Presses Universitaires de Rennes, 266 pages). A travers de nombreuses enquêtes sociologiques, les auteurs dressent le portrait de celles et ceux, ayant réussi ou parfois échoué dans la concrétisation de leur projet.
Si le projet de transition professionnel est salué en tant que tel, puisque permettant à toutes et tous, en théorie, de pouvoir changer de cap pour renforcer son parcours professionnel, la réalité sur le terrain apparait bien différente. Les difficultés et les obstacles pour parvenir à concrétiser ces projets sont multiples. Pour certains, il s’agira de difficultés majeures pour remplir les démarches administratives, pour d’autres l’accès insuffisamment développé aux études longues constituera le frein majeur. D’autres encore se heurteront à un manque d’études quant à l’analyse du marché de l’emploi concerné. Pour une grande majorité des cas présentés dans l’ouvrage, une autre question se fait récurrente : l’accès au financement. Se former pour apprendre un nouveau métier implique de supporter un coût important, que le Compte Personnel de Formation ne peut compenser en totalité.
En revanche, les actions de formation entreprises répondent, le plus souvent, aux objectifs des apprenants, même si l’étude rappelle que les études longues sont trop souvent délaissées au bénéfice de formations plus courtes. Vouloir se former au codage et au développement informatique peut certes passer par des actions de formation courtes. En revanche, vouloir se lancer dans l’entrepreneuriat dans ce domaine (Développeur indépendant, …) nécessite des prérequis que seul un Bachelor ou un Master d’Architecte Web peuvent garantir.
Comment réussir son projet de transition professionnelle ? Ou les clés d’une reconversion réussie ?
La lecture de cette étude souligne donc bien que ce parcours reste parsemé d’embuches et d’obstacles à surmonter. Tous les acteurs concernés insistent sur l’importance de plusieurs aspects, trop souvent négligés ou ignorés par les candidates et candidats. 3 de ces aspects s’imposent comme essentiels.
- Bien définir son projet, le socle indispensable pour pouvoir changer de métier
Chaque apprenant doit bien se connaître et bien identifier ses objectifs. En d’autres termes, il faut prendre le temps de dresser le bilan des compétences déjà acquises (formation initiale et expérience professionnelle) et d’identifier ses aspirations naturelles. Vouloir devenir chef de projet sans pouvoir s’appuyer sur des qualités relationnelles éprouvées conduit le plus souvent à une impasse. Il faut, dans un second temps, bien définir son projet le plus précisément possible en analysant le marché de l’emploi, les perspectives d’évolution, … Suivre une formation n’est pas suffisant si le secteur d’activité se révèle être déjà en déclin. S’engager dans un bilan de compétences peut alors constituer une première étape bénéfique. Ce sera également l’occasion de prendre connaissance de tous les dispositifs existants pouvant répondre au projet (VAE, préparation opérationnelle à l’emploi, apprentissage, …)
- Un projet personnel à conduire en équipe
Les candidats à la reconversion considèrent leur projet comme étant avant tout un projet personnel. Certes, il l’est, mais chaque apprenant doit nécessairement se faire accompagner pour réussir à aller au bout de ses aspirations. Un conseiller en évolution professionnel (CEP) pourra ainsi orienter, guider et conseiller les apprenants tant sur les moyens de financer une action de formation que sur les dispositifs ou incitations prévues par la loi. Élaborer un parcours de formation pertinent et efficace ne s’improvise pas et nécessite des compétences et une expertise éprouvée. La transition professionnelle ne doit donc pas rester une décision personnelle mobilisant les efforts du seul candidat.
- Élaborer un parcours de formation compatible avec la réalité du quotidien
Enfin, le parcours de formation doit être construit en respectant les exigences spécifiques de chaque situation. On pense bien évidemment au coût que cela peut représenter : coût de la formation, la source de revenus nécessaire pendant toute la durée de cette transition, …. Le financement de cette période doit être bouclée avant même l’entrée en formation de l’apprenant sous risque d’un échec prématuré. Il faut également tenir compte des conditions matérielles (déplacement, organisation concrète au quotidien, …). Enfin, pour pouvoir mener à bout son engagement, le candidat doit rester pleinement motivé jusqu’au terme de sa formation, nécessitant le plus souvent l’encouragement et le soutien de ses proches. Changer de métier représente un choix de vie, et l’apprenant doit donc se sentir conforté.






